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C’est donc ça la couverture… Sociale ?

C’était un de ces débuts de soirée comme les autres où je marchais le pas léger vers je ne sais quel événement social (Pendaison de crémaillère, fête pour l’exil d’une amie, baby shower arrosée ou encore lancement d’une nouvelle start-up qui va durer six mois…).

J’avais décidé de m’y rendre en transport en commun et comme souvent en heure de pointe, tu te trouves englué dans la masse,  ça grouille, ça pullule …Un troupeau de moutons mais sans berger. Errants dans ce dédale sous-terrain nous tentions tous et toutes de rallier la ligne 11 du métro. J’étais dans ma bulle, je taillais la route sans même m’attarder sur l’activité humaine autour de moi.

Les visages, les éclats de rire, les accents étrangers, les silences pesants, les odeurs de pisse, les pickpocket, les deux rats perdus au milieu de la foule, les yeux brillants de la fille au bonnet noir. Tout glissait sur moi, comme la brise marine en plein été. Rien ne retenait vraiment mon attention…

Jusqu’à ce que je vis à une vingtaine de mètres de moi, cet amas de tissus informe tressaillir. Ça bougeait lentement sur le sol. Des haillons qui semblaient prendre vie à l’instar de ces draps blancs qui virevoltent dans les rues le soir d’Halloween. Ces tissus sales que j’apercevais, ne cachaient vraisemblablement pas la joie et l’innocence des petits fantômes immaculés mais plutôt la détresse d’un homme aux heures les plus sombres de son existence.

Plus je m’approchais, plus mon sentiment était partagé entre curiosité malsaine et indignation. Quel homme peut être réduit à cela ? Au milieu de ce flot ininterrompu de vies: parfois heureuses, parfois brisées mais le plus souvent décentes. Qui était cette boule de tissu humaine ?

Arrivé au plus près, je vis une agitation surprenante là dessous mais pas un centimètre de peau. Que du tissu ! De la matière ouvrière : laine, coton et autres chutes industrielles.

Tout d’un coup, j’entendis une détonation puis deux, puis trois… sourdes, étouffées. Le courant fluide de la foule s’interrompit … Moi aussi. Ce vacarme calfeutré avait sorti le troupeau de sa torpeur. Tout le monde fixa la source de ces bruits. C’était l’amas de tissus !

L’homme qui était là-dessous car il s’agissait bel et bien d’un homme venait de péter et à l’écoute de ses petits râles, il semblait poursuivre son effort, il déféquait en public, au vu et au su de tout le monde.

L’homme-haillons était donc en train de nous chier à la gueule.

Je pressa le pas pour éviter d’avoir à sentir tout le ressenti de cet homme, sans identité et dont la dignité avait sûrement disparu depuis longtemps.

On loue souvent la couverture sociale de notre beau pays mais je peux vous dire que cette couverture, celle qui a croisé mon chemin ce samedi soir d’hiver n’était pas faite du tissu social dont les politiques ne cessent de nous parler à chaque intervention électoraliste.




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