Il pleut

L’enclume des jours

N’y voyez aucun clin d’œil léger ou appuyé à l’œuvre éminemment poétique de l’ami Boris Vian où se mêle amour, maladie et mort dans un nuage de jazz qui fleure bon la Nouvelle-Orléans, les bayous et les marécages.

L’enclume des jours n’est qu’un petit texte vomi, écrit sans envie, prenant des raccourcis grossiers pour mettre en exergue la cruelle réalité de la vie. Il s’agit d’un ramassis de doléances et de plaintes contre l’univers.

L’unique but recherché est une sorte de catharsis. Ce sentiment de soulagement qui survient lors de l’évocation ou de la représentation d’une tragédie. (L’idée d’un malheur plus grand chez l’autre doit présenter un soulagement enfin je suppose)

Ce texte est donc un concentré d’égoïsme. Pour me sentir mieux et plus léger.

Car la vie se fait parfois pesante voire même totalement insoutenable. L’homme plie sous le poids de la misère, des malheurs… de l’enclume des jours.

Eh oui ! Ne soyons pas inconscients, restons terre-à-terre. Voilà à quoi nous servent ces blocs d’acier.

Ces putains d’enclumes !

A nous ancrer solidement au sol, au cas où certains d’entre nous souhaiteraient tutoyer les cieux, flirter avec les étoiles, danser avec la lune. Rien ne sert de rêver, d’imaginer, de s’enivrer de douces illusions.

Chaque jour, la vie se charge d’imposer sa vérité, d’exprimer sa pesante réalité. OUI ! Il pleut des enclumes sur notre monde et ceux, tous les jours. Certains passent entre les gouttes et d’autres prennent la saucée, se font écraser, broyer, disparaissent sous l’impact de l’infortune.

Être au sec, indemne. Avoir évité le pire ne doit pas nous faire oublier que nul n’est à l’abri des intempéries. Après le beau temps vient la pluie.

Ces putains d’enclumes planent sur nos têtes !

Tous les drames qui nous entourent estampillés « VDM » peuvent survenir à tout moment. Je pourrais faire une liste non exhaustive de ces tragédies, de ces massacres, de ces acharnements malsains de la vie pour illustrer mes propos mais l’enclume a des raisons que la raison elle-même ignore.

Où ? Quand ? Comment ? Sur qui ? Elle tombe du ciel sans signe avant-coureur, voici ma seule certitude.

Rien ne sert de courir, elle arrive à point, saignante, crue, elle fait mal.

Saloperie d’enclume !

L’enclume n’a aucune rigueur ni discipline. Elle tombe là où on ne l’attend pas. Elle est subjective. Elle est propre à chacun. D’une pesanteur insoutenable à juste titre pour certains à une légèreté qui en est presque ridicule pour d’autres. Mais quel que soit son poids, elle les cloue au sol voire les plonge dans les tréfonds du désespoir. Il s’agit ici des mystères de la gravité. C’est ça l’enclume des jours… Enfin je l’imagine comme ça.

Un truc qui te prend par surprise et qui t’assomme, qui te met KO comme un crochet à la tempe. On éteint les lumières, le rideau sur l’écran est tombé, plus de vent dans les voiles.

Hélas, c’est mon coté un peu noir, désenchanté qui fredonne.

Dans de meilleures dispositions (Si je n’avais pas été éraflé récemment par une putain d’enclume), je pourrais vous affirmer que nos personnalités, nos caractères se forgent sur l’enclume de nos expériences. A l’image du forgeron façonnant une matière sans intérêt et informe à l’aide de cet indispensable bloc d’acier, donnant forme, relief et ainsi dire vie à l’inutile. Mais je ne le ferai pas.

« L’enclume des jours » jette cette part d’ombre sur nos vies alors que nous passons le plus clair de notre temps à les rêver plus belles et plus lumineuses.

Mon enclume à moi, c’est un ange. Elle est tombée du ciel et c’est ma plus belle tragédie.