JO paralympiques

Les JO paralympiques : c’était intouchables en moins bien !

 

jeux pas très populaires

Personne n’a oublié le phénomène cinématographique français de 2011, « Intouchables ». Près de 45 millions d’entrées dans le monde, 3ème film au box office français. Un engouement populaire à engorger les salles de cinéma de Paris comme de province durant des mois. Le rôle d’une vie pour Omar Sy et une reconnaissance critique  pour François Cluzet.

Un film au message fort et porteur d’espoir qui questionne une société française en quête de réponses face à deux handicaps distincts mais très proches : la mobilité réduite d’un côté et l’exclusion sociale de l’autre.

A ce qu’il parait, on ne peut pas rire de tout avec tout le monde. Le film prouve le contraire car il n’hésite pas à briser des tabous en se moquant sans retenue de la paralysie physique de l’un des personnages. Avec l’humour tout passe mais tout s’efface.

Au clap de fin un sentiment positif nous envahit avec l’idée que le handicap physique ou social sont des obstacles surmontables et que le véritable handicap est celui qui se situe entre nos deux oreilles. Belle morale ! Cependant, il ne s’agit que de cinéma malheureusement…

113 minutes d’images plus ou moins bien scénarisées n’auront jamais remplacé des années de culture et d’éducation. A contrario des sociétés anglo-saxonnes qui sont en avance sur l’intégration du handicap, nous, français nous nous émerveillons encore devant une personne en fauteuil à roulettes qui va chercher son pain avec ou sans béret.

Après le succès d’ « Intouchables », comme à leur habitude, les médias se sont emparés du phénomène en multipliant superlatifs et onomatopées en déclarant la naissance d’une conscience collective en matière de handicap. Mais comme toujours le soufflé est retombé, la magie s’est évaporée assez vite.

La réalité est beaucoup moins glamour et tellement plus cruelle. Dans la « vraie vie », celle de tous les jours, trop peu de gens ont conscience des handicapés et peu sont amenés à les côtoyer. « Exclus » du corps social, nos amis éclopés : cul-de-jattes, manchots, pensionnaires de la cour des miracles n’ont pas droit de cité.

Pour la raison principale que leur présence provoque chez nous une peur intime, la crainte qu’ un jour nous devenions comme eux. Ils sont les preuves vivantes que nous ne sommes pas invincibles. Victimes d’accidents de la vie, ils ne sont plus que des passagers clandestins de cette dernière.

Dans le métro, au supermarché, en boîte de nuit ou encore au travail, ils n’existent pas, ils nous sont totalement invisibles…

Des tentatives ont été amorcées pour greffer ces corps étrangers à notre société. Des dispositions discriminatoires imposent des quotas afin de favoriser leur présence dans nos entreprises sous peine d’amendes mais rien y fait. Les éclopés sont mal-aimés.

Les JO paralympiques étaient l’occasion d’amorcer le changement (parce que le changement c’est maintenant !). De restaurer l’ image des handicapés, de transformer le regard apitoyé et compatissant des « valides » sur des « non-valides » considérés comme inutiles et inadaptés à la société.

La performance sportive comme instrument probatoire.

Cependant, les faibles audiences sur les différents médias sont une illustration criante de cette incapacité sociétale à regarder le handicap en face. Malgré une organisation exceptionnelle des JO paralympiques à Londres et une couverture hertzienne convenable, l’audimat pour les exploits paralympiques a souvent atteint les abîmes télévisuels. Or, la passion du téléspectateur née de l’identification aux sportifs. Mais comment se reconnaitre ou regarder avec admiration ces footballeurs qui jouent à colin-maillard, ces archers manchots qui tirent avec leurs pieds ou encore ces sauteurs en longueur bioniques unijambistes. Difficile de se projeter, de se rêver dans des prothèses ou dans un fauteuil roulant… Même s’il va vite.

Pouvez-vous me citer le nom d’un grand champion paralympique à part Oscar Pistorius ? Vous séchez, n’est-ce pas ?

La faute à une société qui a encore peur et une incapacité à considérer les « non-valides » comme des citoyens à part entière.

Et pourtant, ces hommes et ces femmes se dépassent et effectuent des performances qui vont au-delà de l’entendement et qui sont aisément comparables à celles des sportifs olympiques.

Prenons l’exemple de Souhad Ghazouani, athlète paralympique française médaillée d’or en haltérophilie moins de 67,5kg qui a soulevé une barre de 146kg en développé-couché. Alors que chez les «valides», la lauréate en haltérophilie moins de 69kg a soulevé une barre similaire à l’épaulé-jeté et une barre de 115kg à l’arraché. Nous sommes dans des niveaux de performance très proches.

Autre exemple, l’épreuve reine des jeux olympiques. Le 100m a été gagné chez les paralympiques par un jeune anglais de 19 ans, John Peacock en 10″90. Ce n’est pas si éloigné des temps d’un Ronald Pognon ou d’un Jimmy Vicaut sans leur faire offense.

Les athlètes paralympiques sont doublement exceptionnelles, ils surmontent les obstacles de notre société et vont au bout d’eux-mêmes. Ils méritent toute notre attention et notre respect. Ce sont  de véritables héros modernes.

Ils font partie de la caste des intouchables, de ceux que l’on ne peut pas atteindre… Mais qu’on ne veut pas regarder.

 

Pas de bras, moi je ne regarde pas…

 

handicap en france