Transilien

Ma famille c’est la banlieue !

C’est en partant à l’aventure ma sacoche Longchamp à la main, bien au-delà de la petite ceinture que je compris le sens très particulier du terme « Famille ».

A la sortie du RER, deux jeunes gens m’interpellent : «  Wesh Gros ! Ça va ? La famille ! T’as pas deux roro à dépanner ? ».

Quelque peu surpris par la demande et le dialecte utilisé, je mis quelques secondes à comprendre et à répondre avec le sourire : « Attendez messieurs, je m’en vais chercher dans mon portefeuille ».

Tout en constatant, le chaos de ma bourse, des yuan mélangés avec des couronnes et des zloty…La tour de Babel tenant dans un petit rectangle de cuir mais malheureusement pas un seul euro.

Je fis un petit rictus d’échec et je verbalisai mon incapacité à répondre positivement à leur demande : « Désolé, messieurs, je ne peux pas vous aider ».

Leur réponse fut quasi similaire à leur question à quelques mots près. Usage intéressant et simplifié de la langue française : « Pas de pro Gros ! Merci quand même, c’est la famille ! »

Je les regardais partir en boitant, on aurait dit des hommes estropiés rentrant tout juste de la guerre, ne tenant que par la force de la volonté. Chacun balançant à intervalle régulier d’un coté puis de l’autre, en pliant légèrement la jambe. Un spectacle merveilleux !

Leur particularisme ne résidait pas seulement dans leur démarche que l’on pourrait qualifier de chalouper, j’ai remarqué quelques détails qui pourraient trahir leur appartenance à une communauté étrangère.

L’un arborait un somptueux bonnet péruvien de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Un résidant de Lima en ces lieux ? Néanmoins son teint, très bronzé, couleur ivoire et sa taille me laissait penser plus à un habitant des hauts-plateaux de l’Afrique Subsaharienne.

Quant à son compère, il portait le pantalon assez bas, sous le niveau de la ceinture tout en ayant pris le soin de retrousser ce dernier jusqu’aux mollets. On aurait dit un corsaire. En outre, il avait sur la tête une Chapka, un mélange détonnant ! Un Tsar russe venant faire des emplettes dans la ville lumière ? Lui aussi, à bien y réfléchir, son origine ne correspondait peut-être pas au couvre-chef traditionnel qu’il portait.

Je ne les quittais pas des yeux… Je me régalais. C’était donc ça la vie au-delà de la petite ceinture.

De nombreuses interrogations me venaient en tête :

Mais d’où viennent vraiment ces deux jeunes gens ? Quel dialecte ont-ils utilisé pour converser avec moi ? Quelle acception donnent-ils au terme « Famille » ? M’ont-ils pris pour l’un des leurs ?

En tout cas, excusez-moi du néologisme mais quelle sérendipité !

Une fois mon périple en banlieue terminé, je retournais auprès des miens avec pleins de souvenirs et d’anecdotes à raconter.

Une image tenace restait cependant en mon esprit, celle de ces deux jeunes gens qui utilisèrent le terme de « Famille » en mon encontre.

Et si là-bas, au-delà du RER, tous les gens étaient considérés comme de la même famille. Une sorte de noble consanguinité. L’entraide étant le maître mot.

Ce qui expliquerait sans mal leur demande de deniers sans autre forme de présentation. Suis-je si différent, lorsque je demande de l’argent à un membre de ma famille ? Je ne fais pas beaucoup plus de manière : « Mère, puis-je vous demander 200 euros pour aller faire quelques vides greniers ? ».

Même si ma famille est formidable et qu’il me serait difficile de trouver plus belle et plus noble. (Nous possédons un château familial d’inspiration romantique et quelques hectares attenants dans le Perche, je suis fils unique)

Ce voyage fort dépaysant en ces lieux bannis, m’a fait comprendre que la famille ne devait pas avoir une acception trop restreinte. Il y a la famille du sang et celle du cœur. Je crois que ma famille de cœur sera celle de la banlieue. (J’envisage d’acheter une résidence secondaire non loin de Saint Nom la Bretèche)

Mr  Crocher de la Capitainerie.

C’est au-delà de la petite ceinture que je découvris des bijoux de famille