Réveil

Réveil 1-0 Moi ?

 

Réveil-matin

Putain de saloperie de journée, je devrais même dire putain de saloperie de semaine. A vrai dire, je ne sais même plus quel jour on est.

Les semaines se suivent et se ressemblent : Lundi (merdique), mardi (à chier), mercredi (la gerbe), jeudi (pourri), vendredi (c’est Robinson), samedi (c’est orgie), dimanche (jour du seigneur). Orgie avant le jour du seigneur. J’en vois déjà lever les yeux au ciel. Honte ? Blasphème ? Peu importe. Il faut bien des atrocités pour faire de belles commémorations. Alors pourquoi pas de mignons péchés pour une sainte confession. Malgré les apparences, je suis un fervent croyant  enfin… Je crois surtout à la force de la pensée et de la volonté.

La preuve, depuis que l’on m’a dit : « le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt », je mets tous les jours mon réveil  à 7h00 du mat. Même le week-end. Pas de repos pour les braves. Cependant, comme amnésique ces résolutions quotidiennes semblent s’effacer de mon esprit aussi vite qu’elles apparaissent.

Tous les matins en entendant le bruit sourd du réveil vibrant sur ma table de chevet. Je me pose cette question presque métaphysique : « Mais pourquoi cet enfant de péripatéticienne sonne t-il aussi tôt ? Il veut m’achever ? ». Je pense alors très fort : «Tout va bien, tout roule, il va s’essouffler ». Que nenni ! Comme un mauvais morceau sur lequel un connard aurait appuyé sur  repeat, la sonnerie tourne en boucle. Ça me rend fou.

De manière totalement irrationnelle, je décide de le raisonner. S’en suit une longue discussion (plutôt un monologue) entre mon « moi » à l’intérieur de mon lit et le maudit réveil.  L’improbable conversation  s’achève par un truc comme ça : « Putain de merde ! Je me suis pieuter une microseconde,  l’espace d’un claquement de cils. Tu vas trop loin, c’est du putain d’eyejacking ! ».

Les yeux encore à demi-fermés, le visage plongé dans ce confortable nuage de douceur. Je surenchéris en lui envoyant un retentissant et magistral : « Tout ceci ressemble à un vol à main armé où tu fais main basse sur tout ce qui me reste de dignité ! » (Impressionnant à 7h du matin, n’est-ce pas ?)

Eh oui ! J’ose parler de dignité avec mon réveil. Car ces matins là. Je ne suis pas différent de ces petites catins du samedi soir. La tête enfoncée dans l’oreiller qui en réclame encore et encore pour atteindre le 7ième ciel. Je vous assure qu’à l’instant où ce réveil  m’arrache du paradis pour me jeter manu militari en enfer. Je suis prêt à tout pour une poignée de minutes supplémentaires. Je le répète vraiment « prêt à tout » et même à perdre ma sacro-sainte dignité. Incantations, supplications tout y passe. Mais rien n’y fait.

La sonnerie monte en intensité et ne desserre pas son étreinte. Je me débats mais je ne peux me soustraire à son pouvoir despotique. Je dois baisser les armes et me soumettre.

Vous allez me dire : « Où est cette fameuse force de la pensée ? Cette volonté indéfectible ? ».  Je vais vous répondre très simplement : « Envolées comme des perdrix le jour de l’ouverture de la chasse ». Mon réveil est un être tout puissant, il sonne le glas de ce qui fait de moi un homme. Il a droit de vie et de mort. Il détruit et efface mes rêves. Je suis ça chose.

Les bras ballants, la queue entre les jambes, je sors de mon lit tel un mort parmi les vivants pour éteindre cette alarme qui me fut fatale une fois de plus. Avec beaucoup d’amertume, j’ouvre grand les yeux. Et je vois la réalité du monde. Un plafond jauni, des cadavres de bouteilles, une déco suspecte. J’ai les yeux qui brulent. Une vie de merde enfin….

J’allais l’oublier. Malgré la semi-obscurité, je distingue sans mal le doux visage de ma chère et tendre, elle dort à poings fermés (en voilà une qui est prête à se défendre).  Elle est fichtrement belle. C’est un rayon de soleil au milieu de la pénombre. On n’entend plus rien, le réveil s’est tu. Le calme règne. J’ai une impression de sérénité. Quand tout d’un coup, j’entends le bruit de la chasse d’eau et je vois apparaître dans l’entrebâillement de la porte, la silhouette d’une jeune femme vêtue d’une ficelle en guise de culotte. Elle me sourit et pose un doigt sur sa bouche pour me dire de me taire …. Eh merde ! On est dimanche matin. Au diable le jour du seigneur !

Qui perd gagne ?



Il n'y a aucun commentaire

Ajoutez le vôtre

Les commentaires sont clos.