metro

Trop mé…tro !

métro parisien sortant du tunnel

Je me demande encore pourquoi, je suis allé m’asseoir à coté de cette fille…

Il était 19h33 (Je suis un mec assez pointilleux et très ponctuel), je venais de finir une de ces journées de boulot qui voulait rien dire. Oui ! Celle que je vis tous les jours. Cette journée que tu as l’impression d’avoir vécu cent fois, mille fois comme un mauvais morceau sur lequel on aurait appuyé sur repeat…

La même arrivée la tête dans le cul, les mêmes yeux explosés, les mêmes blagues à la machine à café, les mêmes discussions sans intérêts avec tes collègues. Tout y est. Sans oublier la mine réjouie de ton boss qui déambule dans l’open space paré de son incompétence en guise de sourire (Pov’ mec).

Voilà ! je t’ai dépeint façon impressionniste mes aventures contemporaines. Entre pointillisme et pointillés car à vrai dire cette banalité crue, cette routine qui use les rotules est une sorte de lente agonie, de petite mort qui rend mon existence aussi insignifiante que cette fiente de corbeau sur ce mur blanc.

Où est le gamin qui avait pleins de rêves dans la tête et qui imaginait sa vie d’adulte comme un saut en parachute, une quête de liberté, planant au gré des vents à la découverte du champ des possibles ?

Il est 19h, j’éteins mon ordinateur et presque automatiquement, je suis submergé d’ images subliminables : dire au revoir aux derniers collègues qui ont l’air plus désespéré que moi, appuyer sur le zéro (ascenseur), mettre mes écouteurs (Pour me couper de mon ennui), trouver un emplacement où poser mon cul dans le métro (Comme si je n’avais pas été assez assis toute la journée), des pâtes au beurre avec une tranche de jambon cuit aux noix (Parce que c’est meilleur) et Sébastien Demorand (Car je vais sûrement regarder un programme sans intérêt dont tout le monde va parler le lendemain)…Putain, c’est pas moi ça ! Enfin c’était pas moi ça !

J’avale les mètres mon casque vissé sur la tête, je ne vois personne. Je suis dans cet entre deux mondes, celui qui m’éloigne du pro pour m’emmener vers le perso. Je prends quatre à quatre les escaliers et je me laisse engloutir par cette bouche de métro. Je suis sur le quai, fixant les rails, attendant mon chauffeur. Je vois des lumières poindre dans ce noir tunnel…Il arrive !

Comme dit précédemment, je cherche une place où m’asseoir. Il n’en reste qu’une, une seule et elle est à coté de cette fille que je ne caresse même pas du regard. Je n’ai qu’une idée rentrer chez moi…

Cependant, mon angle mort m’indique qu’elle a de longs cheveux bruns et que ses yeux sont vraisemblablement d’un bleu intense. Les stations passent et ma curiosité s’aiguise.

Je tourne alors légèrement la tête à l’instar d’un automobiliste qui veut éviter l’accident au moment d’un dépassement “Ne jamais laisser d’angle mort”.

Et le pire arriva, la sortie de route, mon train-train quotidien, celui qui m’emmenait paisiblement à mon chez moi, dérailla et personne ne tira la sonnette d’alarme, pas même moi.

Au moment où nos regards se sont croisés (5 minutes dans mon imaginaire et 2 secondes en réalité), j’ai été bombardé d’images : elle et moi au cinéma, elle et moi en promenade au jardin du Luxembourg, elle en robe blanche et moi à genoux, la vente de mon appart et l’achat de notre pavillon en banlieue…

Il faut que je lui parle ! Aujourd’hui, je dis non à la banalité de mon quotidien, je vais rompre avec mes habitudes de voyageur taiseux.

Je cherche un truc à lui dire… Le temps passe, je me lance : ” Excusez-moi, il est quelle heure ? “

Elle me dit :” 19h33 ” et embraya rapidement par ” Sérieux ! Pourquoi tu me déranges, t’as pas un portable. Bouffon ! Les gens qu’est ce qu’ils ont à me faire chier dans les transports ! Vis ta vie, merde …. Entre l’autre qui essaie de me pécho et toi qui fais semblant de me demander l’heure. Franchement, les mecs à Paris, ils ont un problème. Vas-y me regarde pas… “

J’attendis qu’aucun son ne sortit de ce qui lui servait de bouche. Je sortis mon portable de ma poche, il était 19h43.

Son monologue du vagin enragé avait duré 10 minutes ! Comme quoi même dans mon imagination, je n’aurais pas pu penser que cette vendeuse de poisson m’avait tenu le crachoir aussi longtemps.

Ces mots furent des vagues scélérates qui balayèrent ce qu’il me restait d’espoir dans l’imprévu.

Je sentis la rame décélérer doucement. Je suis arrivé à bon port mais loin d’être sain et sauf.

Une fois rentré chez moi, je fis mes bagages et pris un billet pour le bout du monde sans prévenir quiconque.

Ce voyage fut celui de trop…Métro.




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